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Territoire de l’enquête

En regard de ces interrogations, la Bourgogne constitue une région fort intéressante. Loin de présenter une homogénéité naturelle, elle se compose d’une mosaïque de petites régions bien distinctes, diversité qui induit des différences signicatives sur le plan des relations homme — environnement végétal.
Une demi-douzaine de milieux naturels bien typés ont été recensés en Bourgogne, à savoir «les massifs forestiers; le bocage, présent sur la majorité de l’espace rural; les plaines alluviales...; les étangs en Bresse, en Puisaye, dans l’Autunois ou le Bazois; les petites rivières...; les tourbières et les marais...; les chaumes et les falaises des côtes calcaires». Rappelons également quelques chiffres évocateurs de diversité et richesse biologique bourguignonne: «9000 km2 de forêt, 38000 km de haies, 800 km de plaines alluviales, 20000 ha de tourbières et étangs, 75 tourbières, 12000 km de rivières».
Au fil du temps, l’homme a donc appris à reconnaître et employer les plantes, souvent caractéristiques des milieux acides ou calcaires, humides ou secs, et subissant des influences climatiques contrastées. Des savoirs et savoir-faire empiriques sont nés de cette relation intime entre la population et son environnement naturel.

La Bourgogne que l’on découvre le long de la Via Agrippa d’Avallon à Mâcon, depuis la célèbre abbaye de Vézelay jusqu’à celle de Cluny, en passant par les hospices de Beaune— ou encore que l’on parcourt de la verte Puisaye de Colette jusqu’à la Côte aux vins capiteux— offre avant tout la diversité de ses paysages. Elle est dépourvue de véritable unité historique, géographique, botanique et climatique. La Bourgogne connaît en effet sur l’ensemble de son territoire un climat contrasté. Il est de type océanique à l’ouest et au nord du Morvan, de type continental à l’est et au sud. Il subit des influences méditerranéennes dans le sud et montagnardes dans le Morvan. Située autour de 600 mm dans les grandes vallées, la pluviométrie annuelle peut atteindre 1000 à 1800mm dans le Haut-Morvan. De même, la température moyenne annuelle varie de 8° dans le HautMorvan à 11° dans la vallée de l’Allier.

La Bourgogne s’impose surtout comme région de communication et d’échange, reliant le bassin de la Seine et celui du Rhône, côtoyant celui de la Loire. Passage naturel entre le nord et le sud de la France «elle réconcilie le Nord et le Midi», selon la célèbre phrase de Michelet. Assise sur des roches mères hétérogènes, la Bourgogne est tapissée de sols variés aux vocations multiples. Une trentaine de régions naturelles agricoles s’y distinguent. L’une des plus connues est certainement celle des Côtes s’étirant depuis Dijon jusqu’aux monts du Beaujolais, doux relief calcaire auquel s’accrochent les fameux cépages. Dans les «combes», dépressions dessinées par l’érosion, se développe une végétation méditerrano-montagnarde. Sur les falaises jurassiques de l’ArrièreCôte s’étendent encore quelques vignes, cultures et productions de petits fruits rouges. Elle est longée à l’est par la Plaine de Saône, région de cultures et d’élevage, recouverte d’alluvions siliceuses. Au sud-est, s’étale la Bresse chalonnaise et louhannaise humide, au climat plus chaud qui favorise une flore diversiée. Au cœur de la Bourgogne domine le massif du Morvan, échappée granitique du Massif Central. Rempart freinant l’avancée des plantes atlantiques, ce pays rassemble les étangs, les prairies humides et les forêts où les conifères se substituent inexorablement aux feuillus. À la périphérie de ce massif se déploient quelques dépressions marneuses surplombées par des plateaux calcaires tels l’Auxois, la Terre-Plaine, le Charolais et le Brionnais, pays de cultures et d’élevage. Au nord du Morvan, l’Auxerrois et le Tonnerrois présentent des falaises calcaires abritant au sein d’expositions chaudes des espèces à caractère méridional. Au nord-est, on découvre le Châtillonnais, froid plateau calcaire couvert de forêts, prolongé au sud par la Montagne, aux vallées encaissées. Des influences méditerranéennes, continentales et montagnardes y entretiennent une flore très riche. Situés au sud-est du Morvan, l’Autunois et le Bassin minier ont permis l’exploitation de la houille, avec le développement industriel du Creusot. Enfin au sud, on parcourt le Mâconnais déjà méditerranéen, aux terrasses et falaises célèbres, tel l’éperon de Solutré.


Droséra et Linaigrette, deux plantes
caractéristiques des tourbières
du Morvan.

Si l’enquête a porté sur l’ensemble de la Bourgogne, elle fut d’abord appliquée dans le Parc naturel régional du Morvan. Ce territoire se présente comme un terrain privilégié pour une recherche ethnobotanique, puisqu’il a su préserver une culture régionale, notamment orale, et fortement empreinte des savoirs naturalistes populaires. Ceux-ci ont été transmis le plus communément par le biais des relations familiales, et de voisinage, que resserre un taux d’endogamie très élevé.

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