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Insectivores

Les insectivores sont de petits animaux au museau sensible, long, étroit et mobile. Du point de vue zoologique, ils forment un ordre cohérent et ont gardé des caractères considérés comme primitifs : une démarche plantigrade avec cinq doigts à chaque patte, un crâne et un cerveau modestes, des dents peu spécialisées, des particularités du squelette et du système uro-génital. En parallèle à ces caractères peu évolués, certains insectivores ont acquis des caractères très spécialisés, tels que les piquants du hérisson d'Europe, la salive empoisonnée des musaraignes et l'adaptation à la vie fouisseuse de la taupe d'Europe.

crâne de hérisson

Les insectivores sont de petits prédateurs qui ont la réputation d'être voraces. Leurs régimes alimentaires sont essentiellement constitués d'arthropodes (insectes, araignées, opilions, petits crustacés...), d'annélides (vers de terre), de mollusques mais également d'animaux plus gros comme la grenouille rousse qui peut être capturée par la musaraigne aquatique grâce à une salive toxique. Le poison agit sur le système nerveux et paralyse la victime. Les musaraignes consomment leur propre poids de nourriture par jour et cette gloutonnerie correspond à leur métabolisme élevé. Peu facile à observer, la majorité des espèces est nocturne et quasi invisible dans son milieu, et il reste beaucoup à apprendre sur son écologie. Seul le hérisson d'Europe hiberne lors de la mauvaise saison alors que les autres espèces restent actives toute l'année. Contrairement aux soricidés qui ont plusieurs reproductions par an, le hérisson d'Europe et la taupe d'Europe n'ont qu'une portée par an, rarement deux. Les petits sont nidicoles.

musaraigne couronnée (Photo Daniel Sirugue)

L'ordre des insectivores en Bourgogne comprend trois familles : la famille des érinacéidés, le hérisson d'Europe ; la famille des talpidés, la taupe ; et la famille des soricidés comprenant six musaraignes réparties en trois genres : Sorex, Neomys et Crocidura. Soit au total, huit espèces d'insectivores sur les treize espèces vivant en France métropolitaine.

L'unité des insectivores a été confirmée récemment par les méthodes biochimiques de ressemblance génétique. De même, c'est par la biologie moléculaire que la discrimination en deux espèces bien distinctes a pu être faite entre la musaraigne carrelet (Sorex araneus) et la musaraigne couronnée (Sorex coronatus). Ces deux espèces présentes en France n'occupent pas les mêmes secteurs. La musaraigne couronnée vit dans les secteurs de basse et moyenne altitudes tandis que la musaraigne carrelet est confinée aux zones de montagne à l'est de l'Hexagone. L'identification des deux espèces pouvant être faite par des mesures crâniennes très précises, nous avons envoyé pour analyse au laboratoire suisse du professeur Hausser des échantillons provenant de différents points du Morvan et notamment des zones particulièrement intéressantes comme le Haut-Folin et la tourbière du Port des Lamberts et ses alentours. Tous les individus identifiés par B. Pavillard étaient des musaraignes couronnées (S.coronatus). La même démarche avait été réalisée par H. Gautherin quelques années auparavant avec des pelotes de chouette effraie de Cussy-en-Morvan avec le même résultat. Vraisemblablement, l'ensemble du Morvan, et plus généralement toute la Bourgogne, ne sont occupés que par la musaraigne couronnée.

La biométrie nous a permis également de dissocier en Morvan les deux espèces de musaraignes aquatiques : la crossope (Neomys fodiens) et la musaraigne de Miller (Neomys anomalus). La découverte de cette dernière en Morvan augmente le caractère spécifique et original du massif vis-à-vis du reste de la Bourgogne.

Très discrètes, les musaraignes sont décelées la plupart du temps grâce à l'étude des pelotes de réjection de la chouette effraie. Le taux de musaraignes retrouvé dans des lots de pelotes du haut Morvan dépasse les 24 % de l'ensemble du régime alimentaire de la chouette, tandis qu'il avoisine les 7 % dans le pays de Luzy, paysage beaucoup plus ouvert que le haut Morvan.

musaraigne couronnée (Photo Daniel Sirugue)

Les menaces qui pèsent sur les populations d'insectivores sont de plusieurs ordres : la route pour le hérisson d'Europe, l'intensification de l'agriculture : les insecticides, herbicides ou autres intrants néfastes sur les espèces-proies en diminuant significativement leur population et en accumulant les substances toxiques chez les consommateurs secondaires. L'arasement des haies, des talus (remembrement) et les transformations des zones humides (drainage), pour les deux musaraignes aquatiques notamment, contribuent ainsi à diminuer les biotopes favorables aux insectivores.

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